le gouvernement polonais refuse l’aide militaire de l’Allemagne

L’offre était pourtant généreuse. A la suite de l’incident qui a coûté la vie à deux citoyens polonais, le 15 novembre, dans le village de Przewodow, à proximité de la frontière avec l’Ukraine, après que la défense antiaérienne a manqué un missile russe, la ministre de la défense allemande, Christine Lambrecht, a proposé à Varsovie, dimanche 20 novembre, la mise à disposition de deux batteries de missiles Patriot. Au sein de l’OTAN, ce système de production américain est considéré comme le « joyau » de la défense antiaérienne.

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Lundi, le ministre de la défense polonaise, Mariusz Blaszczak, a fait savoir qu’il  » J’accepte[ait] avec satisfaction » la proposition allemande. Un geste de solidarité d’autant mieux accueilli dans les milieux militaires que la défense aérienne du pays repose encore largement sur des systèmes issus de l’époque soviétique, et que le vaste programme de modernisation de ce secteur à pris du retard. Deux batteries Patriot sont en cours de mise en route et devraient être opérationnelles à l’horizon 2024. L’acquisition de six autres unités, indispensables à une couverture optimale du territoire, est à peine en phase de négociation.

Mais, à la stupéfaction générale, M. Blaszczak a informé d’un revirement de la position polonaise, mercredi soir sur les réseaux sociaux. « A la suite des nouvelles attaques de missiles russes [en Ukraine], j’ai demandé à la partie allemande que les batteries Patriot proposées à la Pologne soient transmises à l’Ukraine et disposées à sa frontière occidentale. Cela permettra à l’Ukraine de se défendre (…) et augmente la sécurité de notre frontière orientale. » Une manière à peine voilée de décliner l’offre de Berlin.

Proposition irréaliste

La nouvelle a provoqué une consternation généralisée, jusque dans les couloirs du palais présidentiel. Le président Andrzej Duda, pourtant commandant des forces armées, n’a pas été consulté. Les experts se sont empressés de souligner le caractère irréaliste de la proposition, car la transmission d’un arsenal aussi sensible nécessiterait l’accord du gouvernement américain qui a, jusqu’à présent, refusé de donner son feu vert à la livraison de ce type d’armement. Ceci impliquerait également une présence prolongée de soldats allemands sur le territoire ukrainien à des fins de formation et de maintenance, ce qui constitue une autre ligne rouge de l’Alliance atlantique.

« Cette proposition montre une méconnaissance profonde des accords au sein de l’OTAN »souligne le général Miroslaw Rozanski, qui a démissionné de l’armée en 2017 en raison de profonds désaccords avec la politique du PiS, le parti au pouvoir. « La proposition d’envoi de soldats de l’Alliance dans un pays en guerre aurait nécessité une consultation avec les alliés. » Pour le général, cette décision « à caractère politique » est aussi « incompréhensible qu’irresponsable ».

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