entre éthique et risque commercial, ces marques qui boycottent

Pour la première fois, la plateforme en ligne eBay France ne propose aucune remise sur les produits neufs.

Accusé de pousser à la surconsommation, le Black Friday est de nouveau boudé cette année par plusieurs marques et plateformes, qui se prive de l’une des journées les plus lucratives de l’année. Ce vendredi, pour la première fois, eBay France ne proposera aucune remise sur les produits neufs pour le Black Friday et ce malgré des consommateurs qui promettent encore un beau succès à cet évènement commercial mondial.

Plus de la moitié des Français envisagent d’acheter lors du Black Friday, 30% s’y refusent et 15% sont encore indécis, a dévoilé en début de semaine l’institut Harris Interactive, dans le cadre d’une étude co-financée par la MAIF et le collectif Green Friday. Le site eBay France a bien jaugé le sacrifice financier de son initiative mais «à long terme, mise sur la croissance» des produits de seconde main, explique à l’AFP Sarah Tayeb, sa directrice générale adjointe. Interrogée ce vendredi matin sur Radio Classiquela directrice générale, Céline Saada-Benaben, souligne l’objectif d’une «consommation plus raisonnée et plus responsable». «Noël sera basé sur les produits de seconde main et sur le reconditionné, que ce soit pour les cadeaux ou les décorations», ajoute-t-elle.

Dans le secteur de la mode émergent des initiatives similaires comme celle de Vestiaire Collective, plateforme de vente de produits de seconde main, qui a banni 27 marques d’«mode ultra rapide» (SheIn, Topshop, etc.) «à l’aube du Black Friday», prétendre filer 5% de son catalogue. D’autres sites de vente en ligne, tels Back Market et Leboncoin, ont lancé des campagnes de marketing expliquant que «le Black Friday, c’est toute l’année» sur leur site de produits d’occasion.

Un engagement évoqué par les associations, et notamment Extinction Rébellion (XR), qui se «excitant» de cette «étape franchie dans le regard que porte la société sur le Black Friday», a déclaré Isabelle, alias MegaPinthea, de XR. «Le fait de communiquer sur ce boycott est aussi un argument de vente pour les enseignes, il est donc loin de favoriser la sobriété, mais il participe d’une prise de conscience», a toutefois nuancé la militante.

« Jeu dangereux »

Depuis 2018, les 500 structures qui composent le collectif du Green Friday participent à une vaste opération de boycott de l’événement, bannissant les remises de leurs boutiques et reversant 10% de leur chiffre d’affaires de ce jour-là à des associations. Un choix qui va «peut-être parfois à l’encontre de l’économie» mais qui rend «féroce», estime Thibaut Ringo, directeur général d’Altermundi et cofondateur du Green Friday. Le responsable du réseau de boutiques de commerce responsable souligne que le fait de ne pas avoir d’actionnaires à rémunérer est un modèle qui permet «d’investir dans de nouveaux projets».

Et du côté des consommateurs, peut-on se permettre de ne pas acheter moins cher ? «Achetez moins mais achetez mieux», répondez au cœur des entreprises interrogées par l’AFP. Une injonction à laquelle répond déjà positivement une partie des consommateurs, comme Mickaël Adioko, 27 ans, analyste de données, qui dit à l’AFP «acheter quand il en a besoin». Devant une Fnac de l’Ouest parisien au moment de la «Semaine du vendredi noir», Alexis Garin, qui travaille dans le marketing, refuse l’événement pour des raisons «éthiques».

Cependant, subissant une conjoncture économique difficile, les marques semblent davantage réticentes à jouer au «jeu dangereux» du boycott cette année, analyse Édouard Nattée, fondateur et président de Fox Intelligence par NielsenIQ, panel de consommateurs sur le commerce en ligne. Pour télécharger ses données, ce panel se base sur les reçus électroniques anonymisés de millions de consommateurs dans le monde. «En 2020 et 2021, on était dans un contexte d’e-commerce absolument dingue, avec des chiffres anormaux (…) et des limites sur les stocks», alors qu’en 2022, c’est le contraire, explique Édouard Nattée. Et de conclure : «Cette année, c’est plus dur pour tout le monde, (…) plus dur de prendre de (telles) décisions».

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