Elon Musk annonce une « amnistie » et le rétablissement des comptes suspendus sur Twitter

Le nouveau patron de Twitter, Elon Musk, a annoncé, jeudi 24 novembre, qu’il allait rétablir dès la semaine prochaine les comptes suspendus sur la plate-forme, « à condition qu’ils n’aient pas enfreint la loi ou envoyé des spams de façon scandaleuse ».

Le milliardaire avait lancé mercredi sur son réseau un sondageà l’issue d’une majorité s’est dégagée en faveur de cette mesure. « Le peuple a parlé, l’amnistie débute la semaine prochaine »a tweeté M. Musk, jeudi, jour férié aux Etats-Unis pour la fête de Thanksgiving, accompagnant sa publication du message « Vox Populi, Vox Dei ». Une grande majorité des votants s’est en effet dite favorable à un rétablissement des comptes suspendus. Ainsi, 72,4 % des quelque 3,16 millions de personnes s’étant manifestés ont répondu « oui » à la question de M. Musk.

Chute des dépenses publicitaires

Quelques jours avant, samedi, Elon Musk avait procédé de la même manière pour le compte de Donald Trump, banni du réseau social après l’assaut contre le Capitole à Washington, en janvier 2021. Le dirigeant de Tesla et de SpaceX avait pris cette décision à la suite d’une consultation similaire sur Twitter, une méthode à la représentativité incertaine. Une courte majorité (51,8 %) des quinze millions de votants s’était manifestée en faveur d’un retour du milliardaire républicain, qui n’a pas tweeté depuis le rétablissement de son compte.

Elon Musk a expliqué à maintes reprises avoir racheté Twitter parce qu’il considère la plate-forme comme la « place publique numérique » essentielle à la démocratie dans le monde.

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L’homme le plus riche au monde juge la modération des contenus trop restrictive, mais sa vision absolue de la liberté d’expression fait peur un déferlement d’abus (désinformation, discours de haine) sur le réseau social. Malgré ses dénégations – il assurait encore jeudi que les discours de haine étaient en baisse sur la plate-forme –, plusieurs études indépendantes ont montré une augmentation préoccupante du degré de perfectionnement des discours qui y étaient tenus.

Le recours à des sondages pour définir certaines orientations de Twitter va par ailleurs à l’encontre d’un engagement exprimé peu après le rachat de l’entreprise. Elon Musk avait en effet annoncé la formation imminente d’un « conseil de modération avec des points de vue très divers ». « Aucune décision majeure concernant les contenus ou le rétablissement de comptes ne sera prise avant la réunion de ce conseil »avait-il tweeté.

Mais il est revenu sur cette promesse, accusant des « militants sociaux et politiques » de chercher à « tuer Twitter en asséchant [ses] recettes publicitaires », qui représente 90 % des revenus de l’entreprise. Cette stratégie équivaut, selon l’entrepreneur tempétueux, à une rupture de l’accord visant à établir un conseil de sages. De nombreuses marques ont déjà suspendu leurs dépenses publicitaires sur Twitter – dont Volkswagen, General Motors ou encore General Mills.

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Elon Musk semble néanmoins avoir une limite : il a indiqué qu’il ne rétablirait pas le compte du complotiste américain d’extrême droite Alex Jones, poursuivi depuis plusieurs années par des parents de victimes de la tuerie de l’école de Sandy Hook, à Newton (Connecticut), pour avoir affirmé que le massacre n’était qu’une mise en scène pilotée par des opposants aux armes à feu. Ayant vécu la mort de son premier enfant, il a été expliqué « sans merci vis-à-vis de pourrait utiliserait les décès d’enfants pour [engranger des] gagne des financiers, des politiques ou de renommée ».

Une décision qui soulève de multiples questions

« Ce que Musk est en train de faire représente une menace existentielle pour de nombreuses communautés marginaliséesa réagi auprès du Poste de Washington Alejandra Carabello, enseignante au sein de la Cyberlaw Clinic de Harvard et activiste transgenre. Cela revient à ouvrir la porte de l’enfer. » Des personnes exerçant des professions particulièrement exposées, comme certains journalistesse sont aussi inquiétés publiquement de l’impact qu’un rétablissement massif des comptes bannis pourrait avoir pour la sécurité de leurs confrères et consœurs.

Procéder à la restauration générale des comptes expulsés de la plate-forme représente par ailleurs un véritable défi sur le plan pratique : comment les équipes de Twitter, amélioré réduits par les différentes vagues de licenciements et de démissions ces dernières semaines, comptent-elles passer en revue tous les comptes supprimés afin de diagnostiquer qui a vocation à revenir ? Les lois en vertu desquelles les comptes ont été bannis varient, en effet, d’un pays à l’autre et arriveront donc, en théorie, d’avoir un historique clair, pour chacun, de ce qui a mené en premier lieu à la sanction.

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De plus, Elon Musk est critiqué pour ses décisions impulsives à la tête de Twitter, des licenciements massifs au lancement chaotique de nouvelles fonctionnalités. Il écarte les critiques plusieurs fois par jour sur son compte aux 118 millions d’abonnés à coups de mèmes (images parodiques), d’émoticônes, de provocations, d’attaques personnelles et de pirouettes. Mais le milliardaire risque d’être rattrapé par les régulateurs.

Twitter doit en effet respecter les lois européennes, dont celle sur les services numériques (DSA), qui devrait obliger les plaques-formes à retirer rapidement les contenus illicites et à lutter contre la désinformation.

L’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), le gendarme français des médias, avait rappelé lundi au groupe californien ses « obligations » et lui avait demandé de lui « confirmer » d’ici à jeudi être « sur mesure » d’y faire face et « de lui faire partie de l’évolution à brève échéance des moyens humains et technologiques » qui y sont consentis.

Le Monde

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