Elon Musk mérite-t-il son méga-bonus de 56 milliards de dollars ?

Attaqué par un actionnaire qui veut faire annuler le bonus de 56 milliards de dollars, le conseil d’administration de Tesla justifie sa décision en prenant en avant le parcours de Bourse exceptionnelle de l’entreprise.

56 milliards de dollars de revenus. La somme qu’Elon Musk doit toucher de la part de Tesla sur 10 ans a du mal à passer auprès d’un actionnaire du constructeur automobile. Cet actionnaire, Richard Tornetta, demande ainsi l’annulation de ce plan de rémunération inédit dans l’histoire du capitalisme devant un tribunal du Delaware.

Ce mercredi, le patron de Tesla s’est éteint pendant quelques heures des turbulences chez Twitter pour défendre devant ce tribunal l’énorme plan de rémunération que Tesla lui a accordé en 2018.

Alors qu’en France, la rémunération de 19 millions d’euros du Pdg de Stellantis Carlos Tavares avait fait polémique en avril dernier et avait même été jugée « excessive » par le président de la République, que dire de celle d’Elon Musk ? Le patron de Tesla devrait percevoir 56 milliards de dollars en actions sur 10 ans. Ramenée sur une moyenne annuelle (5,6 milliards de dollars), cela représente 294 fois la somme attribuée à Carlos Tavares et jugée « excessive ».

Plus d’une année de chiffre d’affaires

Si on le rapporte à l’activité du constructeur automobile américain, ce montant est hors de proportion. Pour rappel, cette attribution remonte à 2018. Depuis la marque a vendu 2,96 millions de véhicules (de 2018 au 3ème trimestre 2022). Les 56 milliards d’Elon Musk représentent donc plus de 18.900 dollars par Tesla vendu ces quatre dernières années (pour un montant moyen de 63.800 dollars par Tesla vendu).

Rapporté au chiffre d’affaires, la rémunération d’Elon Musk représente plus que les revenus totaux de l’entreprise en 2021 (53,8 milliards de dollars) et près de 30% des 188,6 milliards de dollars réalisés par Tesla entre 2018 et 2022.

Selon le suspect, Elon Musk aurait dicté ses termes aux administrateurs de Tesla qui, vu de leurs relations avec l’entrepreneur le plus emblématique ou de leurs intérêts personnels, n’étaient pas suffisamment indépendants pour s’y opposer. Et ce, alors qu’il ne travaillait même pas à temps plein pour Tesla dans la mesure où il est aussi à la tête de la société spatiale SpaceX et des start-up Neuralink et The Boring Company.

Richard Tornetta, qui estime également que les actionnaires de Tesla n’avaient pas toutes les informations pertinentes lorsqu’ils ont approuvé le plan, demande son annulation.

Cette somme promise à Elon Musk était à l’époque supérieure à la capitalisation de Tesla qui n’était en 2018 « que » de 53 milliards de dollars.

12 palliers à franchiser

Comment les administrateurs ont-ils pu accepter d’attribuer cette gratification hors-norme ?

D’abord il faut rappeler qu’il s’agit d’une rémunération en actions (des stock-options) et non en numéraire. Tesla n’aura pas à puiser dans sa trésorerie pour payer son Pdg.

De plus, pour pouvoir toucher ses milliards de dollars d’actions, Elon Musk devait franchir un certain nombre de seuils de capitalisation boursière. Douze au total.

Le plan prévoyait qu’il devait toucher une partie de ces actions lorsque Tesla franchirait la barre des 100 milliards en Bourse (ce qui s’est passé en janvier 2020) puis tous les nouveaux 50 milliards de valorisation et ce, jusqu’à 650 milliards de dollars (palier franchi en décembre 2020). Elon Musk devait par ailleurs s’engager à rester au moins 10 ans au sein de l’entreprise.

Reste que ce montant de stock-options à tout de même de quoi surprendre. Musk détenait à l’époque 20% du capital de Tesla (15% désormais). Il avait donc un intérêt manifeste à voir grimper le cour de l’action même sans ce méga-bonus de 56 milliards de dollars. Aux Etats-Unis, les grands patrons milliardaires comme Warren Buffett ou Jeff Bezos ont généralement des rémunérations « symboliques ». Le fondateur du fonds Berkshire Hathaway perçoit 100.000 dollars par an pour diriger sa société et celui d’Amazon 82.000 dollars en tant que president (+1,6 million pour ses frais liés à sa sécurité). Leurs fortunes respectives étant uniquement liées au cours de leurs actions.

Le cours de Tesla a perdu 54% en 2022

Pourquoi dès lors faire un tel cadeau à Elon Musk ? Il s’agissait à l’époque pour les administrateurs de récompenser un patron très médiatique dont la personnalité avait gagné au succès de Tesla. Apple faisait de même avec Steve Jobs dans les années 2000 alors que celui-ci ne percevait qu’un salaire de 1 dollar par an.

Mais il s’agissait aussi de faire une pression amicale sur le Pdg pour éviter qu’il ne s’éparpille trop. L’objectif du plan était d’inciter Elon Musk à « se concentrer sur les objectifs de Tesla », a souligné Antonio Gracias, un administrateur de Tesla appelé à témoigner au procès. Avec le feuilleton du rachat de Twitter et la gestion chaotique du réseau social par Musk, il semble que cette stratégie n’ait pas été totalement couronnée de succès.

Mais les administrateurs de Tesla sont toutefois satisfaits. Rien ne l’y oblige à consacrer un temps minimum à l’entreprise, l’homme d’affaires « ne facture pas à l’heure », un relevé Antonio Gracias en supposant qu’au vu de l’explosion de la valeur de Tesla en Bourse depuis 2018, le plan a fonctionné et les actionnaires ont été largement récompensés.

Reste que depuis le début de l’année, le cours de Tesla a été divisé par plus de deux (-54% depuis le 3 janvier) et la capitalisation boursière qui atteignait 1250 milliards de dollars en janvier est depuis tombée à moins de 580 milliards . Elon Musk aura-t-il encore longtemps le soutien indéfectible de son conseil d’administration ?

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