« J’ai eu peur d’être amputée »: traînée sur plus de 4km par le train des Pignes cet été, Odette raconte son terrible accident

De très rares témoins ont aperçu sa silhouette attachée au flanc du train des Pignes filant à 70km/h, longeant le fleuve dans la plaine du Var en direction du nord. Des automobilistes ont donné l’alerte et la micheline a stoppé peu avant Plan-du-Var.

Odette, 76 ans, le bras droit coincé par la porte automatique, a parcouru plus de 4km, cherchant à éviter comme elle pouvait, dans cette posture dangereuse, les nombreux obstacles qu’elle croisait. La victime, avec une jambe gauche complètement désarticulée et sanguinolente, a été secourue par les sapeurs-pompiers et transportée dans un état critique.

C’était le 22 juillet en début d’après-midi. , l’employée depuis la préfecture à la retraite, mère de trois enfants et grand-mère de cinq petits-enfants, partage son temps entre l’hôpital Pasteur de Nice et une maison de convalescence cagnoise.

L’une de ses filles a déposé plainte à la gendarmerie de Carros. Une enquête est en cours. Les Chemins de Fer de Provence ne répondent pas, pour l’instant, ni aux sollicitations de Me Letizia Cogoni, l’avocate de la victime, ni aux questions de la presse. Aucune explication n’a été fournie à la passagère miraculée sur les possibles fautes humaines et/ou défaillances mécaniques. Odette se confie en exclusivité à Nice-Matin.

Comment allez-vous?

Je ne marche pas encore… Je suis contraint d’utiliser un fauteuil roulant pour aller dans la salle de bains. L’après-midi, une aide-soignante m’accompagne à la rééducation parce que j’ai peur que les portes se referment sur ma jambe. J’ai la trouille ! Tous les deux jours, je vais à l’hôpital Pasteur pour mes pansements. Je ne sais pas quand je remarcherai. Je passe le temps avec des mots croisés, de la lecture.

Racontez-nous les circonstances de l’accident…

Je ne prends pas le train normalement. Le 22 juillet, je suis montée à la gare de Saint-Martin-du-Var où j’habite. Je voulais acheter une paire de chaussures à Nice avant un séjour à Paris. Vers 15h30, j’ai pris le train retour à la Gare du Sud. J’étais assise à l’arrière du train à contresens. J’avais choisi le même endroit qu’à l’aller. Je tirais un caddy où j’avais mes cours.

Comme je me suis cassé le coude l’an passé et que j’avais peur de tomber, j’avais pris une béquille par sécurité. Quand le contrôleur a vérifié mon ticket, je lui ai demandé de m’aider à descendre à Saint-Martin du Var. Il m’a dit « oui » mais il m’a complètement oublié. Un jeune avec des écouteurs, que j’ai sollicité, ne m’a pas entendu.

Du coup, j’ai commencé à descendre du train comme j’ai pu. Les portes automatiques se sont refermées sur mon bras droit, [Ndlr: elle en porte encore le stigmate]le caddy est resté à l’intérieur et le train a démarré.

A quoi pensez-vous à ce moment-là, bloqué sur le marchepied ?

J’avoue que je cherche surtout avec me protéger des obstacles avec ma canne. Je suis concentrée. Je revois le long de la ligne des rectangles en béton, des branches…. A un moment, je me dis que j’allais mourir mais je me suis accrochée et j’ai pensé à mes petits-enfants.

Le train s’arrête finalement peu avant Plan-du-Var. De quoi vous souvenez-vous ?

Les sapeurs-pompiers m’ont longtemps médicalisée sur place, m’ont mise sous morphine. Quand ils ont découpé le pantalon, j’ai eu peur d’être amputé. J’ai entendu « on la perd, on la perd » puis on m’a mis un masque. Je suis arrivée à Pasteur vers 18 heures où l’on m’a provoquée d’une fracture ouverte tibia-péroné à gauche et d’une fracture de la malléole à la cheville droite.

Avez-vous des nouvelles des Chemins de Fer de Provence ?

La semaine suivante, j’ai reçu un bouquet de fleurs, avec un petit mot manuscrit du directeur pour me conserver un bon rétablissement. Mes filles ont cru à une blague. Depuis, plus rien.

Votre souhait aujourd’hui ?

Remarcher.

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