A Alençon, le calme de retour dans le quartier de Perseigne

Le quartier de Perseigne à Alençon (Orne) semble avoir retrouvé son calme, mercredi 28 septembre en soirée, après avoir connu une flambée de violences la nuit précédente.

Des renforts de sécurité y ont été acheminés, en cours de journée, et le quartier a été parcouru mercredi soir par des forces de l’ordre. Des points de contrôle ont été installés aux entrées du quartier, pour procéder à des vérifications d’identité et de contenu des coffres de véhicules, tandis que des patrouilles pédestres ou motorisées étaient effectuées, a constaté un photographe de l’Agence France-Presse ( AFP).

Peu après minuit et demi, le calme du début de nuit a été rompu pendant un bref instant par des tirs de mortiers d’artifice vers la rue depuis des fenêtres et le hall d’entrée d’un immeuble, a observé le photographe. Aucun membre des forces de l’ordre ne s’est retrouvé face à l’immeuble au moment des tirs. Des policiers ont ensuite pénétré dans cet immeuble rénové de quatre étages et en sont ressortis peu après sans avoir identifié les auteurs des tirs.

Vers 2 heures du matin, le dispositif policier a été relevé, a constaté le photographe.

La préfecture de l’Orne avait annoncé, mercredi en fin de journée, l’arrivée de renforts de sécurité « après la nuit de violences urbaines qu’a connu le quartier de Perseigne à Alençon », ville de 26 000 habitants, presque un après des faits similaires. Dans son communiqué, la préfecture détaillait ainsi ces renforts : « Trois sections de la compagnie républicaine de sécurité (CRS) 27 de Toulouse » ainsi que « deux équipages de brigades anti-criminalité du Calvados et de la Sarthe, soit plus de 65 policiers déployés ». Des renforts supplémentaires pourraient être mobilisés en cas de besoin, précise la préfecture.

« Scène de guérilla urbaine »

Dans le quartier de Perseigne, à Alençon, mercredii 28 septembre 2022, au lendemain des violences urbaines.

La veille, mardi soir, « à partir de 23 h 15, une trentaine d’individus ont mené une action coordonnée de violences urbaines, avec la volonté manifeste d’attirer les forces de l’ordre dans un guet-apens : vingt-quatre véhicules ont été incendiés, trois véhicules ont été retournés pour freiner la progression des forces de l’ordre, un abribus a été détruit », avait déploré mercredi matin le préfet de l’Orne. Les faits ont duré jusqu’à 2 heures du matin dans le quartier de Perseigne, a précisé la procureure de la République d’Alençon, Laetitia Mirande.

« Cela fait mal au cœur »nommée à un photographe de l’Agence France-Presse une retraitée du quartier dont l’unique voiture a été brûlée. « Mon mari n’a que 600 euros de retraite, moi 1 100, mais avec 500 euros de loyer, la lumière, tout ça… c’est pas possible » de racheter un véhicule, a expliqué l’habitante de cette ville où le taux de chômage atteint 21 %.

Le syndicat UNSA-Police a évoqué dans un communiqué « une véritable scène de guérilla urbaine ». « Les fonctionnaires locaux ont fait face à une cinquantaine d’émeutiers armés avec des barres de fer », selon lui. Le syndicat de policiers Alliance 61 fait état de « soixante mortiers (d’artifice) tirés en direction des forces de l’ordre ».

Selon la préfecture, une quarantaine de policiers et gendarmes de l’Orne « ont été mobilisés pour sécuriser l’action des pompiers ». Vingt pompiers et trois engins-pompes ont été engagés pour éteindre les incendies, a ajouté la même source. « Une présence des forces de sécurité sera maintenue à haut niveau dans les prochains jours »assure la préfecture.

« Opérations coups de poing contre les réseaux »

Dans la nuit du 26 au 27 octobre 2021, des faits similaires s’étaient produits dans ce quartier populaire d’Alençon : treize véhicules avaient été incendiés et les forces de l’ordre avaient également été la cible de tirs de mortiers d’artifice. « Ce qu’on a connu hier soir, c’est la conséquence directe du travail que fait la police sur le quartier (…). La police [y] conduit un combat acharné contre le trafic de stupéfiants »a ajouté Sébastien Jallet, le préfet de l’Orne, sur BFM-TV.

« Depuis plusieurs mois, nous menons des opérations coups de poing (…) contre les réseaux. Il y a quinze jours, on a encore démantelé (…) un laboratoire clandestin (…). La semaine dernière, on a interpellé deux dealers en bas d’un immeuble sur le quartier de Perseigne, et hier après-midi, de nouveau, deux jeunes ont été interpellés par la police et on peut penser qu’il y a un lien assez direct entre cette action de la police (…) contre la drogue à Perseigne et ce qu’on a connu hier soir sur le quartier », un avancé M. Jallet. Interrogé par l’AFP sur ce point, le parquet n’a pas donné suite. Alliance dénonce un « manque cruel d’effectif » et demande, comme l’UNSA, des renforts.

Le maire d’Alençon, Joaquim Pueyo, « en retrait du Parti socialiste »déplore lui aussi qu’« il n’y a pas assez de policiers la nuit » en dépit de postes supplémentaires, quatre selon le préfet, créés à Alençon à la suite des faits d’octobre 2021. Le 28 octobre 2021, Marine Le Pen, alors candidate du Rassemblement national à l’élection présidentielle, avait fait le déplacement à Alençon pour dénoncer un « laxisme »selon elle, des politiques face aux violences urbaines.

Lire aussi : Alençon : une dizaine de véhicules incendiés et des tirs de mortier sur des policiers dans le quartier de Perseigne

Le Monde avec AFP

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *