Le monde paiera « le prix de la guerre » en 2023, prévient l’OCDE – 27/09/2022 à 02:48


Le monde va payer « le prix de la guerre » en 2023, prévient l’OCDE ( AFP / Eric PIERMONT )

La guerre en Ukraine va continuer à coûter cher : l’OCDE a nettement dégradé sa prévision de croissance mondiale pour l’an prochain devant les effets plus durables qu’anticipé du conflit, l’Europe payant la plus grosse facture.

« Le monde paie un prix très élevé à l’agression russe en Ukraine », a affirmé le secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques, Mathias Cormann, au cours d’une conférence de presse lundi.

« Les ménages et les entreprises devront », at-il poursuivi, justifié que « le fardeau des prix plus élevé de l’énergie et du gaz ainsi que la politique de zéro Covid en Chine impliquent une croissance plus faible et une inflation plus élevée et persistante ».

L’absence d’accalmie sur le terrain au huitième mois de l’invasion russe en Ukraine, symbolisée par la récente mobilisation des réservistes par Moscou, incite l’organisation internationale basée à Paris au pessimisme.

Dans son rapport trimestriel, intitulé « payer le prix de la guerre », l’OCDE prévoit qu’après une année 2022 a prouvé, surtout en raison de la flambée inflationniste, « la croissance mondiale devrait continuer à s’affaiblir en 2023 ».

Révision de l'escompte de croissance de l'OCDE pour la période 2021-2023 ( AFP / )

Révision de l’escompte de croissance de l’OCDE pour la période 2021-2023 ( AFP / )

L’OCDE table sur une progression du PIB mondial de 2,2 % contre 2,8 % attendus en juin, bien qu’elle ait maintenu sa prévision pour 2022 à 3 % après l’avoir considérablement réduit ces derniers mois.

« Les pressions inflationnistes sont de plus en plus généralisées, la hausse des prix de l’énergie, des transports et d’autres coûts se répercutant sur les prix », écrit l’OCDE qui a révisé en baisse ses escompte 2023 pour la quasi- la totalité des pays du G20 à l’exception de la Turquie, de l’Indonésie et du Royaume-Uni dont l’activité économique stagnera.

– 2.800 milliards –

Pour montrer l’ampleur du choc de la guerre, l’OCDE a évalué à 2.800 milliards de dollars les pertes financières à prévoir l’an prochain par rapport aux estimations antérieures à l’arrivée des chars en Ukraine, « soit la taille de l ‘économie française » mesurée en PIB annuel, a indiqué le chef économiste par intérim de l’institution, Alvaro Perreira.

Ce sont logiquement les pays voisins de Kiev et de Moscou qui subiront les coûts les plus importants : la croissance en zone euro subit plus forte révision, à 0,3 % contre 1,6 % anticipée en juin. L’inflation y est attendue cette année à 8,1% et à 6,2% l’an prochain.

Une épaisse fumée noire au-dessus de la ville de Koupiansk, le 24 septembre 2022 dans la région de Kharkiv, en Ukraine ( AFP / Yasuyoshi CHIBA )

Une épaisse fumée noire au-dessus de la ville de Koupiansk, le 24 septembre 2022 dans la région de Kharkiv, en Ukraine ( AFP / Yasuyoshi CHIBA )

Agitée depuis des mois comme un risque majeur, la régression est le scénario retenu par l’OCDE pour l’Allemagne : la première économie européenne verrait selon l’OCDE son PIB reculer de 0,7 % l’an prochain, un plongeon de 2 ,4 points par rapport à la prévision précédente.

Ses principaux voisins y échappent : une croissance de 0,4 % est attendue en Italie, de 1,5 % en Espagne, et de 0,6 % en France, là où le gouvernement table encore sur 1 %.

Le Fonds monétaire international prévoyait dans son dernier panorama mondial 0,8% de croissance en Allemagne, 1% en France et 1,2% en zone euro, mais il pourrait revoir ses chiffres à la baisse en octobre.

Parmi les autres grandes régions, la croissance américaine est attendue par l’OCDE à 0,5 % contre 1,2 % anticipée en juin, et la croissance chinoise à 4,7 % contre 4,9 %.

– « Incertitude importante » –

« Une incertitude importante entourée de ces projections économiques », concède l’OCDE, devant le risque de pénuries d’énergie pendant l’hiver.

La hausse vertigineuse des prix menace déjà l’activité d’un nombre croissant d’entreprises.

Évolution des prix du gaz naturel en Europe sur le marché néerlandais TTF, en euros par mWh, au 13 septembre ( AFP / )

Évolution des prix du gaz naturel en Europe sur le marché néerlandais TTF, en euros par mWh, au 13 septembre ( AFP / )

Selon l’OCDE, des pénuries plus importantes que prévu en gaz risqueraient, par un effet en cascade, de réduire le PIB de la zone euro de 1,25 point supplémentaire l’an prochain, poussant alors de nombreux États en recul.

Ce scénario est d’autant plus inquiétant que les banques centrales des pays développés et émergents sont engagées à remonter leurs taux d’intérêt pour contenir l’inflation, avec le risque de saper là aussi la croissance.

Les hausses de taux sont « un facteur clé » dans le ralentissement à l’œuvre, relève l’OCDE, qui appelle toutefois les banques à continuer.

Guerre, hausses des taux, Covid-19, crise des dettes… De là à mener vers un plongeon du PIB mondial ? « Le scénario central n’est pas à une reculée mondiale mais les risques ont augmenté ces derniers mois », concédé Alvaro Pereira.

Les mesures ciblées et temporaires portant sur les ménages et les entreprises font partie de la solution face à l’urgence, soulignent l’institution, affirmant que jusqu’à présent les mesures prises contre la hausse des prix de l’énergie ont été « mal ciblées « , voiture profitant souvent à trop de ménages et d’entreprises.

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