il faudra bientôt débourser 3 euros pour la livraison

Le gouvernement prévoit de relever le plancher de 0,01 euro à 3 euros pour des commandes d’ouvrages allant jusqu’à 35 euros. Les libraires, qui défendaient un minimum de 4,50 euros face à des géants comme Amazon, ne cachent pas leur déception.

Les Français devront bientôt débourser 3 euros pour se faire livrer un livre à la maison, qu’ils seraient commandés sur Amazon, sur le site marchand d’un acteur de la grande distribution ou auprès d’une librairie. Depuis l’adoption fin 2021 par le Parlement de la loi Darcos «visant à améliorer l’économie du livre et à renforcer l’équité entre ses acteurs», le ministre de l’Économie Bruno Le Maire et la ministre de la Culture Rima Abdul-Malak travaillaient aux côtés de l’Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse) à la définition d’ un prix plancher pour les livraisons de livres en France. Quel que soit l’expéditeur.

L’objectif étant de s’attaquer à la distorsion de concurrence qui existe entre les géants du e-commerce et les libraires indépendants. Si les frais de port pour les livres ne pouvaient plus être nuls depuis une précédente loi datant de 2014, Amazon et la Fnac avaient trouvé une parade en les fixant systématiquement à 1 centime d’euros. Alors qu’il coûte en moyenne 6 euros de frais postaux au libraire pour le même envoi.

Après des mois de consultation des différents protagonistes, et d’intenses opérations de lobbying pratiquées notamment par Amazon, l’exécutif a enfin tranché ce vendredi. Entre la Fnac et les grandes enseignes qui prônaient un prix plancher de 2 euros et les libraires qui défendaient un minimum de livraison de 4,50 euros, le gouvernement a opté pour un « Juste prix de 3 euros ». Dans un contexte de préservation du pouvoir d’achat des Français, les ministres se sont tournés vers «ce tarif produit couramment appliqué pour la livraison d’autres»… Toutefois, pour les commandes de livres au-delà de 35 euros, le ministère de la Culture a décidé de maintenir le statu quo, avec un plancher de 1 centime d’euros.

Déception du côté des bibliothèques

Ce relèvement du prix plancher a notamment pour objectif d’inciter les consommateurs à se rendre en librairie plutôt que de commander en ligne. Il vise à préserver l’équilibre inhérent à la loi Lang de 1981 sur le prix unique du livre, à l’ère du numérique. Cette loi a permis à la France de construire un réseau solide de librairies sur tout le territoire.

Après l’annonce ce vendredi de la décision des ministères, les libraires ne cachent pas leur déception. « Une nouvelle fois, la loi n’atteindra pas ses objectifs, puisque le niveau de perte de marges pour les librairies qui livrent, ou garderaient se convertir à la livraison, reste trop important », explique Guillaume Husson, délégué général du syndicat de la librairie française (SLF), qui représente 600 librairies de toutes tailles dans le pays. Ces professionnels, qui avaient été reçus il ya à peine deux jours par Rima Abdul-Malak, espéraient que le gouvernement prendrait un peu plus de temps pour réfléchir.

Désormais, les libraires se disent à continuer la bataille. Le SLF plaide pour que le gouvernement appuie ses demandes auprès de la Poste afin d’obtenir un tarif d’expédition plus proposé « permettant, en se conjuguant avec les seuils minimaux, de les rendre enfin compétitifs à l’égard des grandes plateformes en ligne».

La décision du gouvernement français doit encore être transmise à la Commission européenne, qui rendra un avis avant que la loi puisse entrer en vigueur. Une fois ce prix plancher de 3 euros validé par Bruxelles, rien ne garantit pour autant qu’il ne sera détourné par les géants du e-commerce. Une fois de plus.

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