Lot-et-Garonne : ces agriculteurs lot-et-garonnais déçus par le bio

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Entre aberrations administratives, contrôles drastiques, marché qui se tarit et pertes financières, de plus en plus d’agriculteurs bios du Lot-et-Garonne pensent à abandonner l’agriculture biologique.

Cinq ans, Isabelle Depuis et Jean-François Kempen, patrons du Gaec des Terres Blondes à Monflanquin (situé au lieu-dit Peyre Lamothe), sont en bio sur certains de leurs produits. « On élève des vaches blondes d’Aquitaine (175 animaux) et on cultive du soja destiné à la vente sur 90 hectares avec ce mode de production, détaille Isabelle Kempen. Nous avons aussi 60 hectares de pâturages, où nous faisons paître nos bêtes, qui sont également en bio. Le reste de notre production est en « conventionnel ». Ça concerne notre élevage de poulets (deux sites de 17 600 volailles) et notre culture de blé et de sorgho (70 hectares), qui sont également destinés à être vendus. »

« Écoeurés » par les contrôles et les lourdeurs administratives

Si les deux agriculteurs avaient décidé de se convertir à l’agriculture, « c’était parce que ça respectait nos valeurs et notre façon de travailler », affirme Jean-François Kempen. Mais, depuis un certain temps, les Monflanquinois ont suffisamment envie de laisser le bio de côté. « C’est la cinquième année et on se demande si on ne va pas arrêter, affirme Isabelle Kempen. On était passé en bio pour qu’il y ait une plus-value pour notre viande. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Le coût de production est supérieur et le prix de vente ne suit pas. La différence de prix entre les semences de pousses bios pour nos pâtures et des semences de pousses classiques est de 20-25 %. Par contre, nos produits ne sont pas vendus plus cher dans le commerce. »
« Il y a aussi la lourdeur des contrôles et toutes les lourdeurs administratives qu’on a en bio qui sont usantes, ajoute son mari. On est écoeuré par tout ça. C’est ce qui va nous pousser à arrêter. »

« Il n’y a plus de marché pour la viande bio dans le 47 »

En visite dans l’exploitation agricole (voir ci-dessous) avec une délégation du conseil départemental du Lot-et-Garonne et de la Coopérative d’utilisation de matériel agricole (Cuma), Marcel Calmette, conseiller départemental et lui aussi éleveur bio de blondes d’Aquitaine, abondé dans le sens des Kempen. « Je tire exactement les mêmes conclusions que mes collègues. Et, je recueille des témoignages d’agriculteurs en bio qui sont identiques à celui du Gaec des Terres Blondes. Le bio est actuellement un sujet agricole d’importance. Les contrôles sont trop drastiques. C’est infernal et ça décourage tout le monde. Sachant qu’en plus il n’y a plus de marché pour la viande bio dans le 47 et que les aides qu’on touchait en bio vont s’arrêter l’an prochain, pourquoi continuer ? »
Jean-François Kempen reconnaît tout de même un point positif à ces cinq années en bio. « On a appris à travailler autrement. Aujourd’hui, nous sommes autosuffisants en fourrage, en céréales, ainsi qu’en électricité avec nos panneaux photovoltaïques. On m’a toujours dit, si tu veux gagner ta vie en élevant des vaches, il ne faut rien acheter à l’extérieur. Cette aventure nous a permis d’avoir cette autonomie. Et, même si on repasse en conventionnel, on ne changera pas notre façon de produire. »

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