Liverpool, la cité rebelle, clame son indifférence aux « Royals »

Ne lui parle pas d’Elizabeth II, même morte et sur le point d’être enterrée. Alan Mc Feely lève un sourcil broussailleux. « La reine ? Un parasite. » Le bénévole de 59 ans remue le cageot d’oignons qui attend les clients de la banque alimentaire postée le long de Lodge Lane, la grande artère de Toxteth, ce quartier dont on ne prononce plus le nom. Tout le monde dit « Liverpool 8 »ous « L 8 », le code postal, comme pour effacer de la mémoire les violentes émeutes de 1981, déclenchées par l’arrestation d’un jeune Noir, Leroy Cooper. Mc Feely, travailleur social dans le logement, insiste : « La reine a vécu toute sa vie dans le luxe et ne sait pas ce qu’est la pauvreté. »

A Liverpool, Alan Mc Feely, 59 ans, est bénévole pour l'association Fans Supporting Foodbanks, qui organise une banque alimentaire dans le quartier de Toxteth, le 15 septembre 2022.

Ceux qui font la queue sur Lodge Lane en ont, à l’inverse, une conscience aiguë. Ce jeudi 15 septembre, ils ne patientent pas pour voir un cercueil royal, mais pour glaner un paquet de farine, du café, des conserves, des fruits ou des légumes, un peu de viande – aujourd’hui du poulet. Ils ont droit à dix articles pour la modique somme de 3,50 livres (4 euros) et autant d’invendus qu’il y en a de disponibles. La marchandise est exposée sur des stands, comme dans un vrai marché. « Ce n’est pas du tout pareil quand on paie un petit quelque chose », glisse Robby Daniels, l’un des dix-sept bénévoles de la banque alimentaire mobile, vêtu d’un tee-shirt violet.

Retour Rockfield Road, près du stade d'Anfield, le stade de l'équipe de football du Liverpool FC, le 15 septembre 2022.

Derrière le camion réfrigéré, violet lui aussi, il montre les logos peints sur les portes arrière. Une main rouge, celle des Reds du Liverpool Football Club (LFC), serre une main bleue, celle de ses éternels rivaux d’Everton. D’où la couleur violette peinte un peu partout. Les frères ennemis, respectivement 130 et 144 ans, se sont joints au « Projet Serre », qui chapeaute cette opération d’aide aux habitants de la ville touchée de plein fouet par la flambée des prix. Faut-il que la situation soit grave… Mais comment laisser tomber ses compatriotes quand on représente deux clubs mythiques, dont les noms résonnent aussi fort que celui des Beatles, enfants de la ville ?

« Pas mon roi »

Le violet, couleur du demi-deuil, sied bien à Liverpool. Après Londres, sa folie florale, ses fichiers d’attente inédites, ses bobbies serviables, le grand port du nord-ouest de l’Angleterre présente le visage du retour à la réalité. Les « Royals » indiffèrent la cité rebelle. Steve, un autre bénévole de 44 ans, porte sur ses tatouages ​​un tee-shirt bleu siglé « Fuck the Tories » (« J’emmerde les conservateurs »), une chanson reprise sur scène au moment de la chute de l’ancien premier ministre Boris Johnson. On lui demande son nom de famille. « Middleton », répond innocemment Steve. Comme Kate, la femme du prince William ? Ses copains se tordent de rire tant la chose leur paraît incongrue.

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