Le patron de Système U redoute une épidémie de crashs de PME

Dominique Schelcher : Système U s’en est bien sorti pendant la crise sanitaire. Notre résilience économique doit beaucoup au fait que nous sommes dans la distribution alimentaire, indispensables donc. Notre rôle essentiel a été un facteur de motivation pour nos équipes. Par contre je suis extrêmement inquiet pour la crise qui démarre : celle du prix de l’énergie.

Vous abordez l’inflation, justement, pour les consommateurs, qu’avez-vous mis en place pour protéger le pouvoir d’achat ?

On développe un niveau de promotions rarement atteint chez nous. Nous avons renforcé notre programme de fidélité. Notre mesure phare, celle que nous pratiquons depuis le début de la crise Covid, c’est toujours 4 fruits et légumes à prix coûtant. Attention, cela ne veut donc pas dire que nous achetons mal au producteur. On achète au bon prix, dans le cadre de contrats, on ne prend juste pas de marge. Cela représente 15 millions d’euros de pouvoir d’achat annuel en plus aux clients.

Les prix bloqués ? Plus des actions symboliques et de communication qu’autre chose a choisi

Vous n’avez pas choisi de communiquer sur des centaines de produits aux prix bloqués, comme Leclerc, Casino, Carrefour… ?

Nous préférons faire le choix de mettre en avant nos fruits et légumes à prix coûtant. Bloquer des listes de prix en période d’inflation cela n’a pas de sens. De toute façon, avec du recul on voit que les listes de prix bloquées sont plus des actions symboliques et de communication qu’autre chose a choisi.

Est-ce que les habitudes de consommation ont évolué depuis quelques mois dans vos magasins ?

Le montant du panier moyen n’a pas évolué à la baisse, du fait des hausses de prix, mais sur note des arbitrages. Sur achète moins de produits frais, le fromage coupé, le poisson et la boucherie sont touchés. La question de cet automne pour nous c’est : jusqu’où iront les arbitrages alimentaires des clients avec la flambée de l’inflation ?

Où en est-on des pénuries remarquées dans certains rayons ces derniers mois ?

Je ne parlerais pas de pénurie, comme ce fut le cas pour la moutarde et l’huile de tournesol parfois, mais d’un phénomène de rupture ponctuelle de présence de produits dans les rayons pendant 3, 4 jours voire une semaine. Trois raisons expliquent cela : On manque de chauffeurs de camions en France, la logistique souffre. Il y a des problèmes de ressources humaines chez les producteurs qui ralentissent leurs productions, récoltes… Enfin, les hausses de prix des matières premières et surtout de l’énergie entraînent parfois des arrêts purs et simples d’usine.

L’absence de bouclier tarifaire pour les entreprises est catastrophique

Vous avez récemment pronostiqué un crash économique massif en France, pouvez-vous préciser ?

J’ai souhaité alerter les pouvoirs publics, tirer le signal d’alarme autour des prix de l’énergie. Depuis quelques jours, je reçois beaucoup de témoignages d’entreprises qui sans aide ne survivront pas à des factures qui explosent. L’absence de bouclier tarifaire pour les entreprises est catastrophique. Il y a grand danger car dans les prises de parole françaises ou européennes je n’ai rien entendu qui puisse résoudre l’équation économique insoluble pour beaucoup d’entreprises. Le besoin d’aide est massif, dans l’alimentaire notamment. Sans aide de l’État, la chaîne alimentaire pourrait être menacée… Je suis inquiet pour les PME et ceux qui nous fournissent

Est-ce que la crise énergétique pourrait bouleverser le modèle économique de Système U ?

Nos factures vont vraisemblablement doubler, notre modèle économique est chahuté, notamment celui des magasins les plus récemment achetés et donc plus endettés. Mais nous sommes une coopérative, nous faisons preuve de solidarité entre magasins. Je suis plus inquiet pour les PME et ceux qui nous fournissent

On sait les négociations sur les prix souvent difficiles entre fournisseurs et distributeurs avez-vous mis en place des mesures spécifiques pour soutenir ces PME ?

Nous avons mis en place une posture de discernement à l’égard des PME. Pour celles qui le demandent, on paye comptant leurs factures. C’est un effort à plus de 12 millions d’euros de trésorerie avancée aux PME. Nous avons mis en place un moratoire sur les pénalités des PME (NDLR. Pénalités logistiques, les retards de livraison).

Et vis-à-vis des grandes entreprises ?

Nos discussions avec les grandes entreprises peuvent être vives car nous défendons le pouvoir d’achat de nos clients et nous avons besoin d’être certains que les hausses qu’on accepte sont justifiées et légitimes. Nous faisons notre travail de commerçant…

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