Décès de Bruno Bonduelle, ancien grand patron atypique du géant du légume en conserve

« On a toujours besoin de petits pois chez soi ! » Ce célèbre slogan des années 1960, porté par un collectif pour la promotion des produits agricoles, le groupe Bonduelle a annulé à en faire une réalité dans les foyers français avant une expansion à l’international — le groupe coté en bourse est aujourd’hui présent dans près de 100 pays — à laquelle Bruno Bonduelle, qui s’est éteint ce samedi, avait fortement soutenu.

Les usines du groupe transforment 500 variétés de légumes provenant de 73 000 ha en conserves et surgelés. « L’entreprise Bonduelle a toujours innové dans les productions les conditionnements, la publicité à une époque où ce n’était pas courant pour les produits alimentaires », salue Christiane Lambert, la patronne de la FNSEA, principal syndicat agricole français.

« Son nom et son prénom voudront toujours dire quelque chose dans le Nord »

Depuis l’annonce de son décès, les hommages pleuvent pour saluer l’action de cette figure emblématique du Nord, 5e génération d’une famille qui a créé et développé une des pépites de l’industrie agroalimentaire française. « C’était un génie, qui avait des idées pouvant paraître démesurées mais en réalité visionnaires », nous a déclaré Xavier Bertrand, le président (LR) de la région Hauts-de-France, joint par téléphone.

« Il a joué un rôle clé dans notre région, aux côtés de Pierre Mauroy (figure du Parti socialiste et maire de Lille de 1973 à 2001), pour redonner de l’espoir lorsque la situation économique était très difficile. » Président de Bonduelle de 1985 à 1994, avant de prendre la tête du Conseil de surveillance, il a ensuite dirigé l’Association pour la promotion internationale de la métropole (APIM) et le Comité Grand Lille.

Alors que les grands patrons du Nord sont généralement connus pour leur extrême discrétion et leur peu de goût pour les médias, Bruno Bonduelle, lui, n’hésitait pas à occuper le devant de la scène avec un objectif : mettre la ville de Lille et sa région, où il était viscéralement attaché, dans la lumière. « Son nom et son prénom voudront toujours dire quelque chose dans le Nord », confirme Xavier Bertrand.

« C’était un notoire atypique, qui osait dire tout haut ce que personne n’osait même penser tout bas »

« Bruno avait une vision d’avenir, c’était quelqu’un de fédérateur, pas du tout conventionnel. J’ai vu peu d’hommes de son âge avoir une telle envie de convaincre. Il a été un booster formidable pour la métropole de Lille », rappelle Bertrand Gérard, le maire (LR) de Marcq-en-Barœul où s’est éteint Bruno Bonduelle.

Martine Aubry, maire (PS) de Lille depuis 2001 est bien connue « cet homme attaché et original dans le monde économique ». « Nous discutons régulièrement ensemble, parfois vertement. Il pouvait m’appeler pour me soutenir ou pour me dire que ce que je faisais n’allait pas du tout », se souvient l’édile avec affection.

Maxence Brachet, fils fidèle bras droit, l’a revu il y a dix jours. « C’était un notoire atypique, qui osait dire tout haut ce que personne n’osait même penser tout bas. Il était libre d’esprit, avec cet œil frisé et rieur en permanence », se souvient-il avec émotion. « Il avait de grandes ambitions pour Lille. Il en parlait avec une véritable passion amoureuse et aurait aimé que sa ville accueille les Jeux olympiques », ajoute-t-il avec un sourire.

Maxence Brachet cite cette anecdote touchante : « Un jour, Pierre Mauroy et lui plaisantaient sur leur dernière demeure et Mauroy lui a dit : Si tu veux je te fais une place dans mon caveau, et on pourra regarder la métropole ensemble, pour l’éternité. » Bruno Bonduelle, qui avait perdu son fils Jérôme, âgé de 51 ans, décédé dans un accident de vélo en 2020, reposera à Renescure (Nord), la ville où il est né en 1933, berceau de l’entreprise fondée en 1853.

Le développement de leur activité a épousé celui des nouveaux modes de consommation

Il a 14 ans lorsque la première boîte de petits pois estampillée de son patronyme sort de l’usine familiale. Les légumes ne sont apparus qu’en 1925. Avant cela, les Bonduelle et leurs associés Lesaffre-Roussel avaient créé une distillerie puis une malterie. Au tournant du XXe siècle, les héritiers s’étaient partagés les activités : le groupe Lesaffre est devenu, de son côté, un acteur mondial de la levure.

Cherchant à se diversifier, les Bonduelle ont choisi de se tourner vers la conserve, en cultivant eux-mêmes les pois mis en boîte. Le développement de leur activité a épousé celui des nouveaux modes de consommation. À la fin des années 1960, la famille parie sur les surgelés, déjà très développée aux États-Unis mais inconnus en France. Le succès est immédiat. Le rachat de Cassegrain, son principal concurrent français, piloté par Bruno Bonduelle en 1989, conforte la position de leader du groupe qui a terminé l’exercice 2022 (au 30 juin) avec un chiffre d’affaires de 2,9 milliards d’euros .

En 1853, lorsque Louis-Antoine Bonduelle et Louis Lesaffre-Roussel se sont associés, c’était dans le mais « d’établir leurs fils aînés à leur sortie du collège », relate la Voix du Nord. Si le directeur général, Guillaume Debrosse, nommé en 2018 est un cousin par alliance, le conseil d’administration, lui, est interprété par Christophe Bonduelle, le neveu de Bruno. Le pari des fondateurs est tenu avec cette sixième génération aux manettes de l’entreprise : elle va devoir affronter de nouveaux défis posés par la sécheresse et la hausse des prix de l’énergie.

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