commentaire Camilla, l’ex-maîtresse honnie, s’est fait une place au sein de la famille royale

Pas une vague ni un mot de trop. Depuis des années, elle fait profil bas. Longtemps vilipendée par les tabloïds, Camilla Shand a pourtant réussi à se faire accepter. Jusqu’à devenir, le 8 septembre, reine consort, c’est-à-dire non régente, au côté de son mari, le roi Charles III. Parce qu’elle est sa seconde femme, certains ont estimé qu’elle aurait dû se contenter du titre de « princesse consort ». Malgré leurs 17 ans de mariage, les époux ont dû attendre février dernier pour que la reine Elizabeth II consente à lever le doute et exprime son « son vœu sincère » que Camilla devienne reine consort. Comme une confirmation, certes tardive mais décisive, que l’ancienne parie a enfin mérité sa place.

Pourtant, selon les dogmes de la monarchie britannique, elle n’aurait pas dû être aux côtés du roi Charles pour les funérailles de la reine, lundi 19 septembre. Lorsque les deux jeunes gens se rencontrent en 1970, un mariage est impossible, même à cette époque de libération des mœurs. Un prince héritier ne peut épouser qu’une princesse ou une aristocrate.

Leurs chemins se séparent d’abord lorsque Charles s’engage en 1972 dans la Royal Navy pour une mission de huit mois. De son côté, Camilla Shand se marie en 1973 avec l’officier Andrew Parker Bowles, avec lequel elle a deux enfants. Mais cette union se vend par un divorce en 1995. « Si les principes royaux avaient évolué plus tôt, il y a cinquante ans, lorsque Charles l’a courtisée pour la première fois (…) alors les choses auraient pu être beaucoup moins tendues pour la famille royale », j’estime le très respecté Gardien*.

La famille royale cherche désespérément à marier Charles à son retour de l’armée, en 1973. « C’était le prince immariable », relatent l’historien spécialiste de la famille royale Philippe Chassaigne. « A presque 32 ans, il était urgent qu’il se marie, donc on a trouvé Diana Spencer. » Agée de 19 ans, la jeune femme remplit les critères établis par la royauté. « Elle venait d’une famille aristocratique très ancienne, elle était éligible »rappelle Philippe Chassaigne.

Leur mariage, décrit en grande pompe en 1981, bat de l’aile. Et Charles et Camilla représentent leur liaison amoureuse. Le scandale éclate au grand jour lorsque la presse dévoile les échanges téléphoniques très intimes des deux amants. « Nous étions trois dans ce mariage. C’était un peu trop »tacle Lady Di dans une interview à la BBC en novembre 1995. Le prince et la princesse de Galles divorcent définitivement en 1996.

Après ces révélations, les tabloïds se déchaînent contre Camilla, qu’ils tiennent pour responsables de l’échec du mariage de Charles et Lady Di. Tout y passe : son physique, son style vestimentaire… « Pendant longtemps, elle était présentée comme la rivale. Elle était l’amante, c’était la coupable idéale », rappelle Richard Davis, professeur de civilisation britannique à l’université Bordeaux Montaigne. « Diana était belle et jeune, Camilla était plus vieille, il y a beaucoup de sexisme là-dedans. »

Avec la mort accidentelle de Diana en 1997, les attaques des tabloïds contre Camilla reprennent et l’opinion publique britannique suit. « Ce n’était pas facile, confiait-elle en juillet dernier à Vogue Royaume-Uni*, lors de l’une de ses rares interviews. Personne n’aime être regardée tout le temps. Mais je pense qu’au bout du compte, je m’en sors et je continue à vivre. Vous devez continuer à vivre. »

Face aux attaques, Camilla ne réagit pas, ne répond pas, ne se montre pas. Une posture qu’elle garde encore aujourd’hui. Malgré le harcèlement des tabloïds, elle ne se sépare pas du prince Charles. Pour lui, sa relation avec Camilla est « non négociable » auprès de la reine, écrit la BBC*.

Malgré leur amour, impossible pour le couple d’officialiser leur relation. « À partir du moment où elle avait été mariée et avait deux enfants, tout ce qui était envisageable pour la famille royale, c’était que ça restait une liaison », explique l’historien Philippe Chassaigne.

A partir de ce moment là, une vaste stratégie de communication commence. Orchestrée par les conseillers du prince Charles, elle vise à réhabiliter Camilla aux yeux du public. Les apparitions de Camilla, qui a toujours refusé le titre de princesse de Galles, trop lié à Diana, sont choisies de manière choisie. En 1999, ils s’affichent pour la première fois ensemble et se laissent furtivement photographe en repartant de l’anniversaire de la sœur de Camilla, relate la BBC*.

Puis, Camilla commence à apparaître de plus en plus souvent en public avec le prince Charles. Elle est présentée à la reine en 2000 et participe aux célébrations du jubilé d’or d’Elizabeth II en 2002. « Ça a été fait très graduellement, en scrutant les réactions », assure Philippe Chassaigne.

« Charles a beaucoup communiqué sur le fait que ses fils, les princes William et Harry, s’étaient rapprochés de Camilla, récupère l’historien. Le message, c’était : si eux l’ont accepté, vous aussi. » Après avoir refusé que le prince épouse une femme divorcée, la reine finit par accepter que Charles et Camilla se marient lors d’une cérémonie civile en 2005.

Camilla, casque de cheveux blancs et décontraction bienveillante, s’est imposée lentement. Marraine de dizaines d’associations, elle s’est investie dans des sujets qui lui sont chers, comme la lecture ou les violences faites aux femmes. Elle essaye de visiter des centres d’accueil aussi souvent que possible lors de ses voyages à l’étranger, at-elle envoyée au magazine Vogue*.

Durant la crise du Covid, elle a également lancé un club de lecture sur Instagram, où elle offre des recommandations et fait intervenir des auteurs. Elle s’intéresse aussi à la santé, aux animaux, et parle volontiers de jardinage. « Camilla fait un sans-faute », estime Philippe Chassaigne. Selon lui, elle a très bien compris les codes de la famille royale. A commencer par la règle numéro un : ne pas faire de vague. « Camilla fait ça à merveille, explique l’historien. Elle avait une pratique plus ancienne de ce milieu, même si elle n’est pas d’ascendance aristocrate. »

Petit à petit, les journaux ont changé de ton. Le Télégraphe un documenté ce retourné, dans un article daté de février* et intitulé « Comment la duchesse de Cornouailles a gagné le cœur du public pour devenir la future reine Camilla ». Le quotidien affirme même que « Camilla peut être le pilier du prince Charles, comme le prince Philip le fut pour la reine. »

Succéder à Diana n’était « pas facile »reconnaissait en février le tabloïd Courrier quotidien, cité par Le Figaro. « Mais avec une dignité tranquille, un humour facile et une compassion visible, elle a relevé le défi. Elle est, tout simplement, le roc de Charles. »

« Elle est la reine consort idéale » écrit même le Soleil*, dans un surprenant retournement de veste alors que le tabloïd l’avait régulièrement pris pour cible. « Camilla n’est pas la femme qui a failli détruire la monarchie. Elle est celle qui aide à la sauver », ose même un autre article* du journal.

Camilla s’inscrit, plus encore que son mari, dans la ligne de réserve imposée par Elizabeth II. Contre toute attente, elle est peut-être celle qui incarne le mieux la fameuse conception de la famille royale : « Jamais expliquer, ne jamais se plaindre » (« ne jamais expliquer, ne jamais se plaindre »).

Mais le chemin est encore long. Sa popularité s’est redressée, mais n’atteignait que 40 % d’opinions favorables au deuxième trimestre 2022, selon un sondage YouGov*. Si sa pourrait être considérée maintenant qu’elle est reine consort, son attitude ne devrait pas changer. Fidèle à elle-même, Camilla est déterminée à continuer son action philanthropique « aussi longtemps que possible ». Une stratégie qui, déjà à l’époque, avait permis à la princesse Diana de conquérir le cœur des Britanniques.

* Ces liens renvoyés vers des articles en anglais

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