Les gérants de stations-service vont-ils faire grève pour priver les Réunionnais de la remise de 20cts ?

Vendredi, TotalÉnergie a annoncé dans le Journal du Dimanche qu’elle devrait bien s’appliquer dès le 1er septembre une remise de 20 centimes à la pompe dans les DOM, la même qu’en métropole.

Un tollé chez les gérants de stations-service

Aussitôt c’est le tollé du côté du syndicat des exploitants de stations-service (SRESS). Son tout nouveau président, Thierry Legros, se déclare contre, sauf si cette ristourne est appliquée dans l’ensemble des stations-service.

On en apprend un peu plus dans le Quotidien de la bouche de Florian Cousineau, le directeur de la SRPP, selon lequel « les autres compagnies pétrolières, telles qu’Engen, Ola ou Vito, auront du mal à s’aligner avec Total« .

Selon Thierry Legros, dans le JIR, «Total peut se permettre ce genre d’initiative. Il fore, raffine et distribue les carburants. Il a les moyens de le faire« . Sous-entendant que les autres ne les auraient pas.

C’est, pardonnez-moi d’être aussi cru, se foutre de la gueule des Réunionnais. Les compagnies pétrolières, les petites comme les grosses, se goinfrent depuis ces dernières années, et notamment depuis le début de la crise consécutive à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Prenons l’exemple de TotalEnergies. La compagnie pétrolière, soit-disant française mais ne paie aucun impôt en France, un fait un bénéfice de 16 milliards de dollars en 2021, de 4,9 milliards au 1er trimestre 2022 et de 5,7 milliards au 2ème. Soit presque le triple de celui de l’an dernier à la même période.

Et sur ces 16 milliards de l’an dernier, soit la moitié, environ 8 milliards, seront redistribués aux actionnaires de la compagnie pétrolière.

Et ce n’est qu’un exemple. Toutes les autres compagnies, je dis bien toutes, ont vu leurs bénéfices exploser. Le Monde donne les exemples d’ExxonMobil et de Shell, avec 23 milliards et 20,1 milliards de dollars de bénéfices respectifs. Mais aussi de Chevron (15,6 milliards) et de BP (7,6 milliards)…

Les compagnies pétrolières, y compris Engen, Ola ou Vito, ont donc les moyens d’attribuer cette ristourne de 20 centimes.

TotalÉnergies distribue des miettes

Face à ces bénéfices records et impudiques, TotalEnergie pratique la politique des petits cadeaux. Sachant que Total vend 10 milliards de litres de carburants par an en France, une simple petite règle de trois permet d’évaluer le coût de la remise consentie à 500 millions d’euros. A rapprocher des 16 milliards de bénéfices de l’an dernier…

Le même problème en métropole

Face à cela, les gérants de stations-service, au lieu de se battre contre les pétroliers, préfèrent le faire pour priver les Réunionnais de cette ristourne de 20 centimes. Ils remettent toujours sur la table le même argument du risque de fermeture de stations-service.

Le problème, c’est que ce risque n’est pas spécifique à La Réunion. Francis Pousse, président de la branche des stations-service et énergies nouvelles de Mobilians, représentant 5 800 stations-service en France, explique sur France Info que le problème est exactement identique en métropole.

« Total est une marque française et maîtrise toute la chaîne, importe du pétrole, raffine du pétrole, distribue du pétrole. Les autres présents sur le secteur français, par exemple Esso ou BP (qui a réalisé 7,6 milliards de bénéfices, NDLR), sont des grossistes qui n’ont pas du tout les moyens pour faire cette remise de 20 centimes. Ces stations-service, souvent en zone rurale, achètent sur un marché où cette remise de 20 centimes supplémentaire ne sera pas présente.
Total a négocié ce geste avec le gouvernement. Le problème, c’est les autres. Nous sommes en train de nous battre depuis plusieurs années pour sauver en particulier les stations périurbaines et là c’est un coup dur parce que pendant 4 mois, et on ne peut pas le reprocher aux consommateurs, les ventes vont être en berne.
On va avoir des fermetures de points de vente avec bien évidemment des pertes d’emplois, mais surtout un problème d’accès aux énergies
« 

1.700 emplois menacés à La Réunion

Il est bien entendu que le problème se posera dans des termes plus vifs à La Réunion du fait du système de prix conventionné mis en place, avec comme contrepartie le maintien des emplois de pompistes, alors qu’en pompes les métropoles sont souvent en libre- service. Les gérants n’ont donc pas à supporter les salaires des pompistes.

Le chiffre de 1.700 emplois qui risquaient d’être perdus est souvent annoncé par les gérants de stations sans que nous n’ayons de moyens de le vérifier.

Mais qui prendra le risque d’aller expliquer aux Réunionnais que les gérants de stations-service, qui ne font manifestement pas pitié au vu des grosses voitures dans devront ils roulent, vont faire grève, voire bloquer le dépôt de la SRPP au Port comme ce fut le cas en février dernier, pour priver les automobilistes d’une remise de 20 centimes par litre de carburant ? Soit, pour un réservoir de 50 litres, une perte de 10 euros par plein !

Je leur souhaite bon courage !

Alors quelle solution ?

Écoutons encore Francis Pousse, le représentant de 5 800 gérants de stations-service en France, sur France Info :

« Je pense qu’effectivement, légalement, c’est compliqué à mettre en place (une aide spécifique aux stations des marques autres que Total, NDLR). C’est l’occasion certaine de remettre sur le bureau un dossier qu’on revendique depuis plusieurs années, à savoir la remise en place d’un fonds d’aide structurel aux stations-service pour les aider à se diversifier dans les nouvelles énergies . Nous aurons besoin d’électrique, en particulier de bornes rapides un peu partout. Il n’y a pas que sur l’autoroute qu’il faudra pouvoir recharger votre voiture en moins de temps possible. Et puis, il faut une aide à la modernisation économique, à l’instar de ce qu’on a un peu fait d’ailleurs pour les bureaux de tabac pendant des années, pour aider les stations-service à faire une mutation dans diverses offres , pour que l’ensemble du point de vente soit louable »

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