L’Autorité nationale des jeux se penche sur le cas de la start-up Sorare

La croissance fulgurante de Sorare est-elle menacée ? L’entreprise française, valorisée 4,3 milliards de dollars (4,2 milliards d’euros), est en tout cas scrutée par l’Autorité nationale des jeux (ANJ), qui cherche à caractériser son jeu en ligne, d’un genre nouveau, lancé en 2019. Sur la plate-forme, les joueurs peuvent acheter aux enchères des cartes virtuelles prenant la forme de NFT (jetons non fongibles, « jetons non fongibles », des actifs numériques uniques qui s’échangent en ligne) correspondent aux sportifs et dont la valeur évolue en fonction des performances de ces derniers dans la vraie vie. Les achats peuvent être effectués en cryptomonnaies (ether, notamment).

Il s’agit donc, pour la jeune pousse, de prouver qu’elle n’est pas une plate-forme de paris sportifs, d’ici à la rentrée 2022. « L’ANJ doit rencontrer les représentants de Sorare au début du mois de septembre »déclarer, au Monde, Frédéric Guerchoun, directeur juridique de l’autorité, confirmant une information de BFM Business du vendredi 29 juillet. « L’ANJ a été très rapide à réagir. C’est un marché encore confidentiel, mais c’est un tout nouvel usage »observe Julien Pillot, professeur d’économie numérique à l’Institut national des hautes études économiques et commerciales.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Le succès de Sorare grâce à ses vignettes numériques de footballeurs

Sorare, qui compte désormais une centaine de salariés et 137 000 joueurs détiennent au moins une carte dans le monde, entretient des liens forts avec le monde du sport : en témoigne ses partenariats avec le journal L’Équipe ou avec des stars comme Kylian Mbappé ou Zinédine Zidane, et la constitution de communautés très actives de joueurs provenant du poker ou des paris sportifs.

« Lorsqu’une entreprise invente un nouveau modèle en se fondant sur une technologie naissante, et connaît le succès, il n’est pas surprenant que cela soulève des questions », a réagi sur LinkedIn le cofondateur Nicolas Julia. La start-up indique au Monde ne pas vouloir commenter publiquement des échanges privés. Si M. Julia reconnaît la nécessité d’établir des règles pour son activité, il estime qu’elles ne doivent pas être celles des jeux d’argent : « Ce que propose Sorare et de nombreux acteurs français et européens est un nouveau modèle qui n’entre dans aucun cadre existant. »

Notion de « sacrifice financier »

Pourtant, en Suisse, ce que propose Sorare est bien considéré comme un jeu d’argent et est interdit provisoirement, depuis septembre 2021. En octobre, le régulateur des jeux en ligne britannique avait, de son côté, ouvert une enquête sur la société pour les mêmes raisons. En France, le code de la sécurité intérieure définit les jeux d’argent et de hasard par « toutes les opérations offertes au public, sous quelque dénomination que ce soit, pour faire naître l’espérance d’un gain qui serait dû, même partiellement, au hasard et pour exiger un sacrifice financier est exigée de la part des participants » (article L320-1). Ou, la spéculation directement liée aux performances des joueurs − qui sont dues au hasard − semble bel et bien entraîner une espérance de gain.

Il vous reste 32,32% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.