Interview. Avec la vente de CBD, « on joue aux apprentis sorciers », alerte un chercheur à Bordeaux

La vente des aliments au CBD sera toujours autorisée (©Actu Bordeaux / Jonas Denis)

Le CBD est-il dangereux pour la santé ? « Non » répondait l’Organisation mondiale de la santé (OMS) dans un rapport publié à la fin de 2018.

« Le cannabidiol est présent dans le cannabis et la résine de cannabis, mais il est dépourvu de propriétés psychoactives, il ne peut donner lieu à des abus et son potentiel dépendogène est nul. Il n’a pas non plus d’effets nocifs significatifs. »

Un avis que ne partage pas le docteur Pier-Vincenzo Piazza, médecin, psychiatre et neurobiologiste spécialisé dans l’addictologie et les maladies psychiatriques, qui a notamment fondé le neuro-centre Magendie à Bordeaux. Désormais à la tête de la start-up Aelis Farma, il a mis au point, avec ses équipes, un traitement contre l’addiction au cannabis.

Actu : Le CBD est-il dangereux selon vous ?

Piazza Pier-Vincenzo : Je vais vous répondre en toute franchise, je n’en ai aucune idée. Pour la bonne raison que nous manquons cruellement de données sur cette substance.

Ce que je sais, en revanche, c’est que le CBD agit, si l’on en consomme, sur 50 cibles au niveau du cerveau. Et, à ce jour, nous n’en connaissons pas les effets indésirables. Peut-être n’y en at-il aucun, peut-être y’en at-il. Mais comme je vous dis, nous n’en savons rien.

D’expérience, je peux néanmoins affirmer que quelque chose qui agit sur votre organisme de façon importante en est rarement dénué.

Comment se fait-il qu’il soit toujours en vente libre ?

PV : C’est incompréhensible pour moi. Un vrai délire. Notre société est régie par un principe de précaution. Vous avez vu les différentes étapes par lesquelles nous passons pour mettre un médicament sur le marché ? C’est extrêmement complexe et contrôlé. Pour moi, il y a deux poids deux mesures.

Il y a aussi dans l’esprit des consommateurs, l’idée que ce qui est naturel n’est pas dangereux. Alors effectivement le CBD est un produit contenu dans une plante, d’origine naturelle. Le méchant dans le cannabis c’est le THC, ou dans la CBD il y en a très peu. Mais on trouve dans le commerce des huiles, qui sont très fortement concentrées en CBD. Et on ne sait pas du tout ce que ça fait.

Le 30 décembre, le gouvernement avait pris un arrêté interdisant toute détention et cession brute de la plante contenant du cannabidiol – autre nom du CBD. Une décision annulée dans la foulée par le conseil d’État. Comment l’expliquer ?

PV : A mon avis faire commerce de cette plante, c’est une première étape avant de légaliser le cannabis. Personnellement, je n’en consomme pas et je n’en consomme pas.

S’il est vendu aujourd’hui, c’est aussi un problème de catégorie. Le CBD n’est à ce jour pas entré dans la catégorie des produits contrôlés. Cela a permis à toute une économie de se mettre en place autour de cela, et lorsque tout est en place, ils deviennent très difficiles à déloger. La MILDECA a essayé de bloquer la vente de plante qui contient du CBD, car on ne peut pas la distinguer de celle qui contient du THC. Cela a été retoqué.

Certains laissent entendre que cela pourrait aider dans le cadre d’un sevrage au cannabis. Qu’en pensez-vous ?

PV : C’est un argument marketing. Nous n’avons aucune preuve scientifique de ce phénomène. Il y a eu une période où on disait que le CBD inhibait, et qu’il bloquait les effets du THC. Une fois la manipulation faite, on s’est rendu compte que ce n’était pas le cas.

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