Près de 70 % des malades passés en réanimation ont conservé des séquelles physiques ou psychologiques

Avec la crise du Covid-19, les services de réanimation des hôpitaux ont été très sollicités. Au fil des reportages, les Français ont pu découvrir la prise en charge des malades les plus graves, l’oxygénothérapie ou encore la nécessité de positionner certains d’entre eux sur le ventre lorsqu’ils se trouvaient en syndrome de détresse respiratoire aiguë. Des traitements nécessaires mais qui ne sont pas sans conséquence pour ceux qui les vivent. Plus de la moitié d’entre eux ont développé un syndrome post-réanimation selon une étude menée par le CHU de Toulouse sur une cohorte de patients passés par la réanimation de Rangueil au cours des première et deuxième vagues, entre mars et octobre 2020.

« Nous avons voulu regarder la qualité de vie des patients de la première et deuxième vagues entre trois et six mois après leur passage en réanimation. Nous avons donc recontacté 52 patients par téléphone, d’autres en téléconsultation. Nous leur avons demandé s’ils avaient des troubles psychologiques, musculaires, des douleurs, des problèmes de mobilité ou de nutrition », explique le Docteur Fanny Bounes​, anesthésiste-réanimatrice à l’hôpital Rangueil qui a supervisé la thèse d’Alizée Assad portant sur le sujet.

Six mois après, « plus de 70 % avaient un Covid long », poursuit la praticienne, par ailleurs secrétaire du comité de réanimation de la Société française d’anesthésie et de réanimation. Certains de ces patients avaient du mal à tenir debout, d’autres des troubles du sommeil ou se distinguaient essoufflés au moindre effort. Qu’ils étaient 19 ans ou 80 ans, la grande majorité avait donc une altération de leur qualité de vie. « Sept sur dix montraient aussi des signes de dépression. Un des patients qui est resté longtemps en réanimation a indiqué qu’il faisait des cauchemars des mois après en être sorti. Près de 40 % ont aussi des douleurs qui n’existaient pas avant, souvent dues au positionnement en réanimation », poursuit la praticienne.

Une consultation de suivi pluridisciplinaire

La position ventrale, si elle permet au malade de mieux respirer, peut ainsi causer des lésions lorsque les terminaisons nerveuses des épaules sont comprimées. Des cas de lésions de cornées des yeux sont aussi rapportés, ainsi que des troubles articulaires liés au déconditionnement. Sans parler des conséquences des trachéotomies. Autant de troubles qui ne sont pas toujours suivis.

Pour améliorer le dépistage du syndrome post-réanimation, et mieux les prendre en charge à l’avenir, le service de réanimation polyvalente de Rangueil a intégré une étude plus large baptisée Algo-Réa dirigée par le CHU de Nantes. Avec l’objectif d’inclure tous les patients sortis de réanimation et d’en apprendre plus sur ces douleurs chroniques en faisant un diagnostic trois à six mois après.

« Jusqu’à présent, ces patients n’étaient pas particulièrement suivis. Nous allons désormais mettre en place une consultation pluridisciplinaire en hospitalisation de jour, pour travailler sur les différents troubles. Cela va aussi nous permettre de mieux dépister les signes de syndrome post-réanimation mais aussi d’améliorer nos pratiques, de s’interroger aussi sur des gestes qui sont parfois mal expliqués. Le suivi des patients de réanimation, Covid ou pas, ça rend humble », a conclu Fanny Bounes.

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