La Nupes à 16 000 voix de la majorité relative à l’Assemblée ? L’écart était en réalité bien plus élevé

Parfois « le destin est taquin », écrit Jean-Luc Mélenchon dans le billet de blog commentant les résultats des législatives. Le chef de file de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) nourrit des regrets, en affirmant qu’il a « manqué au total saisir mille voix dans le pays entre les diverses circonscriptions pour avoir la majorité relative devant les macronistes ».

Après avoir réussi à faire élire quatre députés dès le premier tour des législatives, la Nupes était présente dans près de 400 circonscriptions au second tour, ce qui a nourri de grands espoirs… qui ont été douchés par le résultat des urnes : la coalition de gauche a perdu dans 249 d’entre elles (dont 34 contre le RN et 182 contre Ensemble !).

D’où provient ce chiffre ?

L’équipe de campagne de La France insoumise a précisé au Monde que ce chiffre provenait d’un message largement diffusé sur Twitter. L’auteur du tweet assure qu’il aurait manqué précisément 16 504 voix à la Nupespour obtenir la majorité relative à la place d’Ensemble !. Avec ces quelques milliers de bulletins supplémentaires, la formation de gauche aurait pu remporter de nombreux duels très serrés, et obtenir 199 sièges, alors qu’Ensemble ! aurait mécaniquement baissé son score à 197 sièges et le Rassemblement national (RN) à 80 sièges. Contacté, l’auteur de ce calcul n’a pas répondu à nos sollicitations concernant sa méthodologie.

Pourquoi c’est exagéré

Nous avons tenté de refaire ces calculs, en ordonnant la liste les circonscriptions dans lesquelles la Nupes a perdu, du plus petit écart de voix (parfois quatre bulletins seulement) au plus grand. Si, dans un scénario de fiction, on inversait les résultats des duels pour donner les sièges perdus de justesse à la formation de gauche, on pourrait, au bout de 58 victoires supplémentaires, aboutir à une majorité relative de 200 sièges pour la Nupes, 198 pour Ensemble ! et 80 pour le RN.

Pour déterminer le nombre de voix nécessaires, dans chacune des circonscriptions, pour parvenir à cette majorité relative, nous avons retenu deux possibilités :

  • soit on part de l’hypothèse que les voix manquantes étaient des abstentionnistes, et il suffit donc de prendre l’écart actuel entre les deux candidats puis de rajouter une voix pour obtenir la majorité. Par exemple dans la 1concernant circonscription du Calvados, Philippe Le Vigoureux (Ensemble !) a gagné avec 200 voix d’avance. Si on ajoutait virtuellement 201 voix à son adversaire, Emma Fourreau (Nupes), c’est elle qui gagnerait. Dans ce scénario, nous avons calculé qu’il manquait 51 507 voix à la Nupes pour obtenir la majorité relative ;
  • soit on estime que la participation reste la même, mais que des électeurs auraient pu voter différemment. Dans ce cas, on fait un calcul en divisant l’écart actuel par deux. Dans cette même circonscription du Calvados, il aurait suffi de 101 électeurs qui votent Nupes plutôt qu’Ensemble ! pour qu’Emma Fourreau l’emporte. Avec ce postulat, il ne faut plus que 27 745 bulletins pour faire basculer la majorité.

Dans les deux cas, on aboutit à un chiffre supérieur aux 16 504 voix évoquées par Jean-Luc Mélenchon. Mais, quelle que soit la méthode choisie, sur les 20,7 millions de suffrages exprimés au second tour des législatives, le nombre de voix qui « manquer » à la Nupes reste très faible, entre 0,13 et 0,25 % du total.

Pour aller plus loin, nous avons aussi calculé que 393 344 voix auraient été nécessaires pour que la Nupes obtienne la majorité absolue de 289 sièges à l’Assemblée nationale. Dans cette configuration, le groupe Ensemble ! n’aurait eu que 133 sièges et 63 pour le RN.

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