Incertitudes sur le nouvel accélérateur de particules géantes

Au moment où le plus grand et le plus puissant des accélérateurs de particules, le Large Hadron Collider (LHC), près de Genève, est reparti pour une troisième phase d’expériences, son successeur se prépare. Et si le LHC est surnommé « le seigneur des anneaux », comment qualifier son héritier ? Dix fois plus puissant, produit mille fois plus de collisions, et installé dans un tunnel plus de trois fois plus grand (91 kilomètres contre 27), le FCC, pour Futur Circular Collider, impressionne.

A Paris, du 30 mai au 3 juin, une conférence a fait le point sur ce projet, non encore formellement décidé. L’étude de efficacité est en cours et sera rendue en 2025 pour alimenter une décision ferme de l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire (CERN) qui pilote le projet, vers 2028. Deux ans plus tard commencera la construction de l’anneau souterrain , entre 140 et 230 mètres de profondeur, qui sera coincé, majoritairement en France, entre le Jura et les Alpes avec un passage sous le lac Léman et frôlant le nord d’Annecy. Les premières collisions seront attendues en 2045. Celles-ci concerneront des électrons et non pas des protons, plus lourds, comme au LHC. Ces derniers arriveront vers 2070. « C’est l’infrastructure d’un siècle ! », a constaté Tor Raubenheimer, membre du projet FCC, à la tribune de la conférence.

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D’autant que les premières études ont commencé il y a déjà une dizaine d’années. « Ces idées ont mis du temps à s’imposer. Nous avons fait face à des vents contraires, reçoivent successivement Alain Blondel et Patrick Janot, responsables scientifiques du projet, assis sur un banc ensoleillé du cloître des Cordeliers pendant une pause de la conférence. C’était un délice ce matin d’entendre ces exposés vantant les mérites de la machine. Elle fait toute la physique qu’on veut et mieux que d’autres propositions. » En moins de deux minutes de fonctionnement, elle mérite autant d’une particule, baptisée « Z », que l’accélérateur le grand collisionneur électron-positron (LEP) en sept ans (entre 1989 et 1995)…

La Chine sur les rangs

Mais tous les obstacles ne sont pas franchis. L’étude de compétence doit faire le point sur l’emplacement exact, le design de l’installation, les contraintes de génie civil, d’infrastructures (routes, évacuation des gravats…), administratives (zones protégées, autorisations…), environnementales et financiers. Le coût de construction s’élève à 10,9 milliards de francs suisses (10,6 milliards d’euros), soit de l’ordre du coût du LHC, mais le CERN n’a que la moitié de ce budget. « Les discussions commencent pour aller chercher ces fonds auprès des deux pays hôtes (France et Suisse), des États membres du CERN, des non-membres ou de fonds privés »a expliqué Fabiola Gianotti, la directrice générale du CERN en ouverture de la conférence.

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