pourquoi le choix de la Finlande de rejoindre l’Otan est un « tsunami géopolitique »

Les dirigeants ont indiqué ce jeudi vouloir adhérer à l’Alliance atlantique. Une nouvelle qui survient en plein conflit russo-ukrainien et qui a fait réagir le Kremlin.

La décision est attendue pour dimanche, mais elle ne semble plus être qu’une formalité. Alors que le président finlandais avait manifesté mercredi qu’une adhésion de son pays à l’Otan ne serait « contre personne », le dirigeant et sa Première ministre se sont dits favorables ce jeudi à une adhésion « sans délai » de la Finlande à l « Alliance atlantique.

Si elle postulait, « elle sera chaleureusement accueillie au sein de l’Otan et le processus d’adhésion se déroulera sans heurts et rapidement », a déclaré Jens Stoltenberg, le secrétaire général de l’Alliance atlantique.

Le chancelier allemand Olaf Scholz a pour sa part remis son « soutien total » à la volonté des dirigeants finlandais d’adhérer immédiatement à l’Otan. Emmanuel Macron a quant à lui indiqué que la France soutenait renforcé le choix souverain de la Finlande.

Menace d’une riposte « militaro-technique » russe

Mais c’est surtout vers l’Est qu’une réaction était attendue, à savoir celle de Moscou. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a indiqué que cette adhésion serait « assurément » une menace pour la Russie.

« L’élargissement de l’Otan et le rapprochement de l’Alliance de nos frontières ne rend pas le monde et notre continent plus stable et plus sûr », a déclaré le responsable russe.

Si l’adhésion se concrétise, la Russie sera « obligée de prendre des mesures réciproques, militaro-techniques et autres, pour mettre fin aux menaces à sa sécurité nationale », a répliqué le ministère russe des Affaires étrangères Sergeï Lavrov dans un communiqué, appelant Helsinki à « prendre conscience de ses responsabilités ».

« Si nous adhérions (à l’Otan, NDLR), ma réponse (à la Russie, NDLR) serait ‘c’est vous qui avez ajouté cela, regardez-vous dans le miroir' », a déclaré le président finlandais en guise de réponse.

Invité sur le plateau de 22H Max sur BFMTV, le général Olivier de Bavinchov évoque un « tsunami géopolitique ». L’ancien chef d’état-major de la force internationale de l’Otan rappelle que le terme de « finlandisation » avait été employé pour caractériser la neutralité historique du pays entre les deux blocs.

« C’est un véritable tsunami géopolitique qui montre à quel point le président Poutine express, dans tous les domaines, exactement le contraire de ce qu’il espère. C’est un échec absolu sur toute la ligne », a révélé Olivier de Bavinchov sur notre antenne.

« Pour ce pays voisin de la Russie, qui possède une frontière de plus de 1340 kilomètres, ce n’est pas rien », juge aussi dans Ouest-France François Heisbourg, conseiller spécial à l’Institut international d’études stratégiques.

« C’est un bouleversement stratégique. La Russie paraissait s’accommoder de cette situation où la Finlande avait le libre exercice de l’adhésion éventuelle à l’Otan, mais choisissait de ne pas exercer cette option », poursuit-il, qualifiant l « Europe de « co-bénéficiaire » de cette décision prise par Helsinki. Si la Finlande peut en effet compter sur l’article 42.7 d’assistance mutuelle des traités européens, les 27 ont bien conscience de ne pas occuper la même place que l’Otan face à la Russie.

« La grande différence dans l’Otan, c’est qu’il y a les États-Unis », souligne Jean Sylvestre Mongrenier pour France Info. Le chercheur à l’institut Thomas More note en effet que « les États-Unis, par leur poids, par leur puissance, sont en mesure d’apporter des garanties de sécurité beaucoup plus solides que celles des pays de l’Union européenne ».

Pour Amélie Zima, « toute la question serait de savoir si l’on positionnerait des troupes des pays de l’Otan en Finlande, comme cela a été fait dans les États baltes ». La chercheuse en relations internationales explique cependant chez nos confrères de France Info que l’adhésion d’un seul pays n’a pas de sens pour la Finlande et la Suède et que celle-ci doit se faire « de concert pour être stratégiquement et politiquement intéressante ».

Une décision similaire attendue en Suède

Car la Suède pourrait aussi bien franchir le pas : une revue stratégique préparée par le gouvernement et les partis au Parlement sera rendue publique vendredi, avant une réunion sans doute décisif du parti social-démocrate au pouvoir dimanche.

« Ces deux pays neutres ont des armées puissantes au regard de leur population, et son interopérables avec les forces de l’Otan. Si le processus politique est accepté, le processus technique le sera rapidement, et finalement ce que Poutine voulait éviter – que l « Otan se rapproche à ses frontières – il réussit à ce qu’il ne souhaitait pas obtenir », analyse la semaine dernière le général Jérôme Pellistrandi sur BFMTV

Inquiets de la réaction de la Russie, les deux pays ont déjà cherché à obtenir des assurances de protection pendant les mois nécessaires à leur entrée formelle dans l’Alliance atlantique, à l’image d’un accord de défense mutuelle signé mercredi avec Londres. Au Sénat américain, qui est chargé de la ratification avec une forte majorité requise des deux tiers, des élus clés des Démocrates et des Républicains ont promis de soutenir l’adhésion de la Finlande.

Hugues Garnier avec AFP Journaliste BFMTV

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